Grand angle – Pédophilie : la faiblesse du cadre juridique

Le débat sur la pédophilie au Vietnam semble relancé par une nouvelle affaire très médiatisée, datant du mois de mars. L’insuffisance du cadre juridique pour protéger les enfants victimes d’agressions sexuelles est pointée du doigt.

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Affiche de prévention contre les agressions sexuelles dans la province de Ba Ria-Vung Tau

En mai 2016, dans la province de Ba Ria-Vung Tau, un homme âgé de 77 ans a été accusé d’attouchements sur une enfant de 7 ans. Il a également été mis en cause par six autres familles. Le Président Tran Dai Quang a expressément demandé que l’affaire soit clarifiée dans les meilleurs délais. La procédure est toujours en cours depuis 8 mois, sans avancées concrètes. Le 12 mars 2017, le service de la sécurité publique de l’arrondissement de Thu Duc a ouvert une enquête sur une affaire d’agression sur une mineure de 7 ans. Les faits se seraient déroulés dans l’établissement scolaire de l’enfant. Les vidéos de surveillance du jour de l’agression ont disparues. L’opinion publique s’est indignée du discours de la direction de l’école qui invoque une chute de l’enfant et fait circuler sur les réseaux sociaux des photos de pédophiles présumés dans des enquêtes en cours.

En théorie, la loi vietnamienne prévoit qu’en cas de danger, les mineurs peuvent être pris en charge par 15 organismes différents. Dans la réalité, les parents sont rarement avertis des recours judiciaires existants et des autorités compétentes. De plus, la législation requiert obligatoirement un examen médico-légal. Celui-ci doit être réalisé au plus tôt afin que certaines preuves ne disparaissent pas. Cet examen n’est actuellement pratiqué que dans un nombre restreint d’hôpitaux désignés. D’après les statistiques du ministère de la sécurité publique, en moyenne 1 600 à 1 800 cas d’agressions sexuelles sont détectées par an. 65 % des victimes sont des jeunes filles âgées de 12 à 15 ans et 13,2 % d’entre elles ont moins de 6 ans. Un enfant est sexuellement agressé toutes les 8 heures au Vietnam. Dans 73 % des cas, l’agresseur est un proche, et dans 10%, l’agresseur est le père biologique ou le beau-père. Les enfants sans-abri sont également très vulnérables aux agressions. Les délinquants sexuels profitent en effet de leur dénuement et rémunèrent leurs « faveurs ».

Les poursuites ont par le passé été lancées sous l’impulsion d’associations (telle la fondation pour enfants Blue Dragon, dont le personnel a enquêté en 2013, ce qui a mené à l’arrestation d’un Canadien) ou bien par d’autres pays. Ainsi un Affiche de prévention contre les agressions sexuelles dans la province de Ba Ria-Vung TauFrançais qui sévissait à Hanoï, recherché par Interpol, a été emprisonné à la demande de la justice française. La question de la reconnaissance officielle du problème par les autorités et de la coopération judiciaire du Vietnam avec d’autres pays, est toujours actuelle.


Erratum : Une erreur s’est glissée dans le grand angle « Les femmes vietnamiennes à l’honneur ». Les PDG respectives des entreprises REE, PNJ et TH Milk sont : Mme Nguyen Thi Mai Thanh (REE), Mme Cao Thi Ngoc Dung (PNJ), Mme Thai Huong (TH Milk).

Dernière modification : 20/03/2017

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